Mercredi 26 novembre 2008
«Nous avons pris jusqu'à 600 frelons d'Asie dans un piège en une après-midi » se réjouit Denis Thiery,
directeur de l'unité de santé végétale de l'INRA de Villenave-d'Ornon (Gironde). Ce résultat va remplir d'espoir plus d'un apiculteur du sud-ouest ! Cette espèce invasive fait en effet de
terribles ravages dans les ruches, entre Atlantique et Méditerranée, et plus particulièrement dans les bassins de la Garonne et de la Dordogne. Avec le post-doctorant Nevile Maher, Denis Thiery
travaille dans le cadre d'un programme de recherche coordonné par le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, avec des fonds européens, pour lutter contre ce frelon exotique introduit en France en
2004, vraisemblablement en Lot-et-Garonne via des poteries chinoises.
« Nous ne cherchons pas à l'éradiquer, mais à protéger les ruches avec un piège efficace, sélectif, simple et pas trop coûteux » explique Denis Thiery. Il a donc
déjà obtenu des résultats impressionnants, avec un appât pourtant étonnamment banal : du moût de pomme! Mais si ces premiers tests paraissent prometteurs, ce piège est encore loin de la
commercialisation massive.
« Nous allons maintenant rechercher les molécules actives, puis il faudra mettre au point la molécule de synthèse. Nous devons suivre nos procédures habituelles,
qui prennent du temps. Ensuite il faudra trouver un partenaire industriel » prévient le chercheur.
Spécialiste des insectes de la vigne, il a été amené à s'intéresser au Vespa velutina, car celui-ci est aussi un ravageur potentiel de la vigne, qui apprécie
particulièrement les raisins de table, comme le muscat ou le chasselas. De nombreux vendangeurs ont été gênés cette année pendant les vendanges en bordelais. Mais l'urgence concerne donc surtout
les apiculteurs. Denis Thiery le confirme avec sa propre expérience : les neuf ruches de l'INRA, soit environ 90000 abeilles, ont été détruites en moins de trois mois. Mais s'il faudra donc
encore être patient pour un piège industrialisé, rien n'interdit aux apiculteurs d'utiliser d'ores et déjà des pièges au moût de pomme.
Des résultats impressionnants, ont été obtenus avec un appât pourtant étonnamment banal : du moût de pomme !
« Il faut les piéger au printemps »
« En 2007, j'ai perdu 47 ruches sur 52 dans une zone de forêt où elles ont été décimées par les frelons d'Asie. Cette année j'ai piégé dès le printemps, et j'ai
subi une pression beaucoup moins forte » témoigne Maurice Coudoin, un important apiculteur du Lot-et-Garonne. Il utilise pour sa part un sirop de jus de pruneau fermenté « attractif pour le
frelon mais pas pour l'abeille ». Autre technique qu'il a développée cette année pour protéger ses précieuses ouvrières, l'installation d'une grille galvanisée avec des ouvertures carrées de 6 mm
de côté à l'entrée de ses ruches. « Cela permet l'entrée de l'abeille, mais pas du frelon » explique-t-il.
En Dordogne, la préfecture a lancé cette année une véritable campagne de piégeage collectif de l'envahisseur ailé. Des pièges spéciaux ont été distribués dès le
printemps, dans chaque communauté de communes. « Plusieurs milliers de frelons ont été pris » affirme l'apiculteur Richard Legrand. « Avec du panaché bière-limonade sucré, avec 6 pièges dans mon
jardin, j'ai piégé jusqu'à 30 frelons en trois jours en avril. C'était autant de reines fondatrices, et donc de nids qui n'ont pas été construits. Cela représente donc en fait plusieurs dizaines
de milliers de frelons qui n'ont pas sévi pendant l'été » explique-t-il.
Le frelon d'Asie tue aussi les hommes
Le frelon d'Asie est un redoutable tueur pour les abeilles et les insectes en général, mais il n'est habituellement pas agressif avec les humains. À une exception
près : s'il a l'impression que son nid est menacé. L'attaque peut alors même être mortelle. Un homme de 44 ans a ainsi trouvé la mort le 24 septembre dernier, dans le nord de la Dordogne, alors
qu'il passait la tondeuse dans son jardin. Des frelons asiatiques qui avaient installé un nid dans la niche du chien l'ont piqué à quatre reprises lorsqu'il s'est approché avec son engin. L'homme
est décédé un quart d'heure plus tard d'un arrêt cardiaque. Toujours en Dordogne, plusieurs chasseurs ont été hospitalisés après être passés trop près d'un nid. « Alors que je filmais un nid avec
une caméra numérique, une vingtaine de frelons m'ont attaqué. J'étais heureusement protégé, mais ils ont littéralement aspergé la caméra de venin. C'était vraiment très impressionnant » raconte
Richard Legrand, président du syndicat apicole de la Dordogne. Il faut tout de même savoir que l'insecte dispose d'un dard de 6 mm ! Mais le véritable problème est l'énorme destruction qu'il
provoque chez les abeilles, et chez les autres insectes pollinisateurs. Avec un risque réel de baisse de la pollinisation et donc des baisses de rendements considérables pour de nombreuses
productions agricoles.
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